Demain, dès l'aube (extrait) - lire la suite : texte intégral en lien
Sur une plate-forme tracée de lignes fluorescentes une jeune femme apparaît, ombre précaire, dans la lumière des projecteurs.
Elle tient des tracts dans ses mains.
Tandis qu'elle s'avance vers le vide les faisceaux strient l'espace.
Elle dit :
J'ai vu
Le temps qui vient
Nous étions un
En deux
Nous
Plus que soeurs
Enchaînées
Par nos mots
Maillon d'acier
Reliant
Nos os
Nos cartilages
Nos chairs
C'était nous
Oui
Là
Enfin réunies
Je ne saurais
Vivre
Sans toi
Plus
Longtemps
Je ne saurais
Exister
Sans ta voix
Demain dès l'aube
Ma soeur
Vers moi
Je le sais
Tu iras
Sur le chemin
Non
Je ne peux
Rester
Ici
Plus d'un jour
C'était hier
Tu disais
Je suis Andromaque
Son front pâle
Nos mots
Andromaque
Dans nos veines
Ton souffle
A mon tympan
Notre chant
Tes lèvres
Sur ma peau
Tu disais
Moi aussi
Ta soeur
Je disais
Je suis Andromaque
Phèdre
Cassandre
Nous étions là
Des nuits entières
Dans cette chambre
Nos textes
Nos larmes
Nos mots
Nos cris
Pour tenir
Pour être
Nous jouions
Ma soeur
Tu chantais
Phèdre
Andromaque
Notre théâtre
Toutes les deux
Pendant des heures
Transies
Au centre
Du feu
Ici bas
Sur cette terre
Où hurle le vent
Regarde
Disais-tu
Ces vieillards
Maquillés
Grotesques
Sur les plateaux
Devant les pupitres
Ces spécialistes
Ces invités
Ces consultants
Etcetera
Qui
Par la loi
Par décret
Par programme
Nous ont
Assigné
Reclus
Pour notre bien
Notre avenir
Entre
Les mains
Des administrations
Des firmes
Psychiatriques
Pénales
De l'emploi
A tout prix
Ils bavent leur sermon
Leurs gadgets
Leurs leçons
Radotent
Dans les talk-show
Jusqu'au dégoût
Commémorent
Contents
Hilares
Leurs vingt ans
Ces grimaces
Ces masques
Sur toutes les chaînes
A Dire la conduite
Le dogme
L'ordre
Précaire
La fin du temps
Le projet
En cours
Racial
Flexible
Et nous
Ici
Pendant des mois
Des années
A dissimuler
A faire semblant
A dire oui
A nous taire
A guetter l'occasion
Le moment
L'instant
Dans les réfectoires
Les sas
Les bureaux
Les classes
Nos mains
Serrées
Soudées
Tandis
Qu'alentours
Les ordres
Résonnaient
Automatiques
Sur les bouches
Les écrans
Travaille
Travaille
Pour rien
Pour rien....
jeudi 24 janvier 2008
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